D1 - La régénération chez les écrevisses
 

 
Pince monstrueuse obtenue
par la régénération anormale
d'un mors mobile.

 


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La régénération "normale"

   Il arrive qu'une écrevisse perde un appendice lors d'une confrontation violente avec une consœur pour une proie ou, surtout, pour un abri (les meilleurs postes d'affût, très convoités, sont toujours occupés par les sujets les plus forts). Agrippée par son adversaire exerçant soudain un déplacement brutal en nage propulsive, elle lui a cédé une patte, une antenne voire un œil.
   
Ce phénomène courant est celui de l'autotomie : une
mutilation spontanée que pratiquent certains animaux qui, pour échapper à un danger, abandonnent une partie d'eux-mêmes. C'est une amputation spontanée, sans douleur et sans hémorragie, se faisant à un endroit déterminé : le plan d'autotomie. Quelque temps après apparaît un "bourgeon" qui sous l'action d'une molécule, la myosiverine, se charge en cellules souches reconstituant, mue après mue, l'appendice disparu. C'est ce phénomène qui est appelé "régénération".
    En général, la régénération ne redonne pas sa taille d'origine au membre perdu et nuit, dans le cas d'une grosse pince,
à la croissance générale du sujet.

 

Un exemple classique
de régénération...

   
Cette photo montre une
écrevisse américaine
(O. limosus)
ayant régénéré
sa pince gauche
(qui n'a pas retrouvé
sa taille normale). 

      

 

 La régénération "hétéromorphique"

   La régénération des appendices coupés peut être hétéromorphique : le bourgeon ne reconstitue pas le membre cassé dans son intégrité et il arrive qu'une anomalie apparaisse. Ainsi, les grosses pinces monstrueuses sont fréquentes (comme le montre le dessin d'introduction de cette page où l'on voit qu'une pince complète, mors fixe et mors mobile, a remplacé le seul mors mobile d'origine).

   On a même parlé de cas où une écrevisse aurait reconstitué une antenne... à la place d'un œil pédonculé :

 

  
... et un exemple (fictif)
monstrueux

 

  
Après la perte d'un œil, une écrevisse
d'une espèce quelconque
(ici O. limosus)
pourrait-t-elle vraiment régénérer
une antenne
en lieu et place de l'œil perdu
comme le montre ce dessin ?

 

 

    Un bel exemple d'anomalie (mais qui n'est probablement pas due à une régénération)

 


Un porte-clefs vraiment rarissime !
 


Ce porte-clef réalisé par inclusion d'une écrevisse dans de la résine montre un sujet doté d'une pince anormale.
Est-ce un cas de régénération hétéromorphique ?

 

On pourrait croire, à première vue, que la pince gauche (celle du haut) est une pince régénérée : elle est beaucoup plus petite que celle de droite (celle du bas). Mais une observation attentive permet de remarquer deux choses :
   - la pince droite est bien monstrueuse, le mors mobile n'a pas une forme normale;
   - les premiers articles des deux pinces sont de la même grosseur : il n'y a pas eu régénération de la pince gauche, elle est normale.

Conclusion : La pince droite (celle du bas) est anormale tant dans sa taille que dans sa forme. Cette monstruosité n'est pas due à une régénération mais provient d'une malformation "de naissance".

Autre observation (sans rapport avec la régénération) : les 2 pattes de la première paire de déambulatrices ont disparu (probablement pendant les délicates manipulations de l'inclusion)

Ce porte-clefs est vraiment exceptionnel ! Il y a très peu d'écrevisses montrant une telle anomalie sur une pince et qu'un tel sujet se retrouve dans une inclusion de résine est peu banal !

 

Un autre exemple tout aussi remarquable d'anomalie

 

Cette écrevisse signal (Pacifastacus leniusculus)
de 15 cm de long
(de l'extrémité du rostre à celle du telson)
montre une importante malformation
de la pince gauche.

La pince droite est normale et fonctionne bien.
Par contre, les deux mors "normaux"
de la pince gauche
sont très déformés et s'ouvrent peu.
De plus cette pince possède
trois mors supplémentaires !

 Gros plan sur cette anomalie peu courante
qui s'est développée sur la face interne de la pince.
Le "mors" central est fixe
et les deux "mors" latéraux sont mobiles
(le droit s'écarte un peu plus que le gauche
du mors central).


Photos d'une écrevisse signal capturée en septembre 2014
dans le Razou*, un sous-affluent de la Saône.


* le Razou > la Reigne > l'Ognon > la Saône

 

 

     Ce type de malformation est dû à une mutation génétique qui se produit lorsqu'un ensemble de gènes régulateurs de la croissance lance des signaux erronés. Ce phénomène peut se produire à la naissance mais aussi lorsqu'une écrevisse régénère une pince préalablement perdue.
 

Existe-t-il des cas avérés de régénérations monstrueuses chez les écrevisses ?

Avez-vous déjà capturé ou vu une écrevisse
présentant une patte, une antenne... anormale ?

Alors, rendez-vous à la page D4.

 

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