C5 - La pêche "aux" écrevisses
à la balance


 

La méthode la plus utilisée

pour pêcher les écrevisses :

la pêche à la "balance"

 


Pour capturer des écrevisses, la traditionnelle pêche à la balance se montre irremplaçable. Conviviale et simple, elle peut se pratiquer entre amis ou en famille avec des enfants même très peu versés dans les arts halieutiques
.     

                La balance : croquis et description

 Ce banal engin de pêche, autrefois appelé aussi "caudrette" ou "pêchette", ressemble, ce qui lui a valu son nom le plus usuel, à un des deux plateaux d'une balance romaine ou à celui du peson des maraîchers.
   Il existe deux sortes de balances : la simple, montée sur un seul cercle appelé aussi cerceau (terme qui désignait également, naguère, la balance complète) et la double qui en compte bien évidemment deux. Le diamètre des cerceaux ne doit pas dépasser 30 cm précisent les règlements piscicoles des eaux du domaine public qui fixent aussi la dimension légale des mailles du filet : 27 mm*.
   * Certaines balances d'importation, à petites mailles de 10 mm, doivent donc être utilisées uniquement en eaux closes privées.
  Jadis ces cerceaux étaient de bois et le filet était tressé avec du fil de lin ou de coton huilé qui pourrissait rapidement, malgré ce traitement imperméabilisant, si après une sortie de pêche, les balances étaient oubliées encore humides dans leur sac de transport. Il était même souvent rongé par les souris attirées par les odeurs de poisson ou de viande faisandée dont il s'imprégnait à l'usage.
   Actuellement les cerceaux sont en fer galvanisé pour éviter qu'ils ne rouillent et les poches des balances sont faites de fibres artificielles, imput
rescibles, fines et résistantes.
   La législation autorise les balances rondes, carrées ou losangiques mais, à l'usage, la forme ronde se révèle être la plus pratique et semble la seule utilisée pour la pêche.

    Le croquis ci-dessous montre tout ce qu'il faut savoir d'une balance.


Une balance classique
 

  Description

f : filet
c1 et c2 : cercles métalliques
ppa : plombée porte-appât
h : 3 haubans
b : bouée
c : cordelette
r : repère de
la balance
 

Trois petits haubans (h) d'une ficelle solide et souple sont attachés au cerceau à intervalles réguliers (120°) et réunis à une fine cordelette de levée (c) de 3 à 5 mètres de long environ, elle même reliée à un repère (r) qui peut être une planchette peinte en blanc destinée à retrouver plus aisément la balance dans les grandes herbes des rives et qui peut aussi servir, hors des séances de pêche, d'enrouloir pratique pour la cordelette de levée de la balance.
  Le fond de la balance est alourdi d'une plombée porte-appât (ppa). C'est un lest de plomb plat muni ou d'un lien pour à attacher l'appât destiné aux écrevisses ou d'un système plus élaboré avec un ressort fixe-appât.
  Enfin, sur la cordelette (c) coulisse une bouée de liège (b) faite d'un bouchon peint de blanc sur sa face supérieure.

Pose des balances

En eau courante :

     Le pêcheur procède en plusieurs étapes :

·  La préparation
Il lie l'appât sur la plaque de lest ou le coince sous le ressort existant de façon à ce que la première écrevisse venue ne puisse s'enfuir avec en dehors du piège.

·  La pose


  Le pêcheur saisit d'abord, s'il est droitier, de sa main gauche (G) la cordelette passée entre les deux dents de la fourche (f) de la canne (can) tenue de sa main droite (D). S'il est gaucher, il fera bien évidemment le contraire.
  Il pose alors la balance (bal) sur le fond du ruisseau en amont immédiat d'une cachette susceptible d'abriter des écrevisses afin que le courant emporte vers les crustacés les molécules odorantes arrachées à l'appât.
  Il vérifie ensuite visuellement si la balance repose bien à plat sur le fond.
  Ce point est essentiel et constitue la seule vraie difficulté de cette pêche simple : quand la balance est mal posée sur le fond du ruisseau, les écrevisses qui atteignent l'appât par en-dessous ne sont pas prises à la levée du piège. 

               


Balance bien posée
 

Balance mal posée

Si cette vérification est immédiate en eau claire et peu profonde, il en va tout autrement dans une fosse importante, en eau trouble ou ombragée.
  Pour placer sa balance de la meilleure manière, le pêcheur va s'aider de la bouée qui maintient tendus les trois brins de ficelle noués au cercle métallique. Lorsque ce flotteur s'enfonce lentement dans l'eau sombre, le pêcheur doit le surveiller attentivement des yeux. Ainsi, lors de sa descente dans une eau profonde, la balance n'est plus visible alors que la bouée l'est encore.
• Si le fond est plat, la balance se pose et la tache blanche de la bouée se fige dans son  mouvement de descente.                             
• Si, par contre, la balance butte sur un caillou ou un obstacle quelconque, elle bascule sur un côté et ce mouvement se répercute sur la bouée qui marque un temps d'arrêt puis exécute une glissade latérale.
  Pour faciliter cette observation, il suffit de remonter le bouchon de liège sur la  cordelette afin que sa face blanche soit plus près de la surface lorsque la balance touchera le fond.
  Par contre, en eau peu profonde, il convient de descendre le bouchon de liège le plus possible pour que les trois haubans de la balance restent soutenus et ne s'étalent pas sur le filet : ils pourraient, dans ce cas, être la cause du rejet d'une écrevisse vers l'extérieur de la poche à la levée au cas où l'animal aurait eu un de ces fils passé sous lui.
  Quand la balance repose sur le fond, le pêcheur place le repère blanc - une planchette peinte qui sert aussi à enrouler la cordelette de levée - en évidence sur une herbe ligneuse plus haute que les autres et bordant le ruisseau, reine des prés, grande eupatoire, roseau… , afin de retrouver plus aisément son piège.
   Il pose enfin ses autres balances en s'efforçant de mémoriser l'endroit dans le but, là encore, de récupérer facilement ses caudrettes.

► En eau dormante

 Si la balance doit être seule utilisée dans les eaux dormantes du domaine public pour y capturer les écrevisses, elle peut être employée dans toutes les eaux closes privées. Mais ce moyen de pêche peut, par sa petite taille, apparaître bien dérisoire dans une grande et profonde gravière. Cependant, même dans la plus vaste des retenues, il y a bien un haut-fond herbeux, quelques saules aux racines chevelues ombrageant une rive, un arbre mort couché dans l'eau par la tempête, un ponton pour bateaux, une vieille barque coulée, un herbier de joncs à massettes... C'est à ces endroits que la pose de balances peut donner des résultats intéressants.
  Contrairement aux écrevisses d'eau vive, celles d'eau dormante ne sont pas faciles à capturer. Cette difficulté n'est pas liée aux crustacés eux-mêmes mais vient du milieu : en étang, le pêcheur ne voit pas, comme dans les ruisseaux, de courants d'eau conduisant aux écrevisses cachées les molécules odorantes issues des appâts de ses balances. Mais invisibilité ne signifie pas inexistence.
  En effet, en retenue, quand souffle le vent (V), il pousse devant lui l'eau de surface et crée ainsi un courant superficiel (1). Lorsque cette eau en déplacement vient buter contre la rive "au vent", elle s'enfonce le long de la berge (2) puis, toujours poussée par les eaux en mouvement du courant (1), revient vers la rive "sous le vent" en suivant le fond (3). Enfin, elle remonte vers la surface (4) où elle est reprise par le vent qui lui donne une nouvelle impulsion reconduisant ce cycle peu connu.


Influence du vent sur les courants
 

 
Légende
 

V : direction du vent ;  
 1 : courant de surface ;   2 : le courant de surface s'enfonce ;   
 3 : courant de fond ;   4 : le courant de fond remonte

 

 


Influence du vent dans la pêche en eau close (pour un savoir-faire raisonné)
 

 
En eau dormante (mare, étang, gravière...) il faut tenir compte du vent qui produit un courant de surface (cs) et un courant de fond (cf).
La balance doit donc être posée  :
- en 1 : en arrière des refuges (r) en cas de vent arrière,
- en 2 : en avant des refuges en cas de vent de face.
D'autre part, lorsque des roseaux peuvent gêner la pêche,  la cordelette de la balance peut avantageusement être fixée à une longue canne posée sur des supports.

 

 
Les appâts
 

 

L'attrait irrésistible du gras, du sucre et du sel

Un article paru en 2004 dans une revue médicale internationale renommée, the Lancet, montre que l'obésité humaine s'explique en grande partie par la très agréable palatabilité - le goût au niveau du palais - des mets à la fois très gras, très sucrés et très relevés. En effet, ce sont les aliments  les plus riches en lipides, en glucides, en sel et en arômes divers qui sont les préférés du plus grand nombre non pas pour leurs qualités diététiques mais uniquement pour leur saveur attirante, leur palatabilité. Des tests alimentaires effectués en aquarium montrent bien que ce qui est vrai pour l'homme l'est aussi pour les écrevisses.

Les divers appâts

L'expérience prouve la préférence des écrevisses pour les aliments carnés plus difficiles à trouver que les végétaux et donc plus convoités. Mais elles sont bien omnivores et les appâts peuvent donc être d'origine animale, végétale ou mixte :

·  Les appâts d'origine animale

Ils sont nombreux :
- la fameuse grenouille - réputée depuis très longtemps comme étant l'appât le plus attractif - après l'avoir attrapée et "déculottée" : ce qui n'est pas vraiment simple à faire,
- du poisson frais : d'eau douce ou de mer (brème, sardine…),
- du poisson séché ou fumé (morue, hareng saur...),
- une sardine à l'huile placée dans une languette d'écorce de saule repliée pour mieux protéger cet appât fragile,
- un os de viande rôtie (mouton, porc, poulet…).
 

·  Les appâts végétaux

- des épluchures de carotte ou de pomme de terre, de la peau de melon, une demi-poire…,
- des feuilles de fenouil du jardin ou de panais du bord de l'eau,
- une poche de filet emplie de croquettes ou granulés pour animaux*, de maïs en boîte, de fruits sucrés ou de légumes râpés plus attractifs qu'en tranches car émettant dans l'eau plus de molécules odorantes ou sapides.

* Croquettes et granulés : Présentés sous différentes formes et tailles, destinés à tous les animaux d'élevage, des poissons aux bovins,  d'origine végétale, animale ou mixte, certains de ces aliments  peuvent être utilisés avec profit par le pêcheur. Granulés et croquettes constituent  un appât peu coûteux, facile à mettre en œuvre et attractif pour les écrevisses.

 

 

  

Pratique de la pêche : 10 remarques
pour un savoir-faire raisonné  

 

 

 1 - Appâts
   L'écrevisse, par les molécules qui s'échappent des appâts, en perçoit  l'odeur et le goût. Elle aime le sucre (les glucides) et le gras (les lipides) qui fournissent  l'énergie nécessaire pour vivre. Elle apprécie aussi le sel pour lutter contre le dessalement continu de ses tissus. Mais, en même temps, elle refuse l'amer qui peut indiquer la présence d'alcaloïdes végétaux toxiques voire mortels.
   Le pêcheur a donc un double intérêt à choisir des appâts salés car ils sont particulièrement recherchés par les écrevisses (cet attrait pour le sel est connu depuis très longtemps : il est évoqué dans l'Encyclopédie de Diderot) et ils se conservent plus longtemps que ceux qui ne le sont pas.
Enfin, n'oublions pas que l
es appâts doivent être propres et sains :  ne vont-ils pas se retrouver dans l'estomac des captures destinées à finir sur la table?

 2 - Viande avariée ou viande fraîche ?
   Il suffit de poser côte à côte deux balances, l'une armée de viande fraîche, l'autre du même appât avarié. Quelques levées convaincront l'expérimentateur : le "faisandé", outre sa manipulation peu agréable, est beaucoup moins attractif que le "frais"  et le "pourri" ne vaut rien.

 3 - L'appât-roi
   Le mélange maïs en boîte/hareng saur placé dans une pochette en filet de plastique (petit sac ayant contenu des échalotes, des oignons ou des aulx comme on en trouve dans le commerce) se révèle :
- efficace (à la fois sucré-salé, gras et parfumé, il s'adresse autant aux appétits carnivores que végétariens),
- propre (le pêcheur n'éprouve aucun dégoût à la manipulation).

4 - Les potions magiques
   Des "trucs" se sont toujours transmis par le bouche à oreille. Il ne coûte rien au débutant de les essayer. Qu'il sache cependant que le succès dépend plus du savoir-faire raisonné que de la magie et que si certaines recettes sont faciles à tester comme la goutte d'apéritif anisé à déposer sur l'appât, d'autres, telle la "graisse de pattes de héron" dont il conviendrait d'enduire le filet des balances, sont plus difficiles à mettre en
œuvre !

5 - La lumière
   Leurs yeux étant plus performants dans la pénombre qu'en pleine lumière, les écrevisses sont, selon les espèces, plus ou moins soumises à un tropisme – une conduite instinctuelle déclenchée par une modification du milieu – leur faisant fuir les endroits trop vivement éclairés. Le jour, elles recherchent les milieux ombragés, le chevelu de racines où elles pénètrent profondément ou bien encore les éboulis, les fonds pierreux et aussi des terriers plus ou moins profonds qu'elles forent dans l'argile des berges.
Mais lorsque la lumière du jour décline et jusqu'au milieu de la nuit, elles quêtent leur nourriture sur les fonds. Parfois, la faim et la turbidité perturbent ces agissements : l'on peut voir, dans des eaux surpeuplées ou boueuses, des sujets en quête de nourriture errer le long des rives sous le soleil de midi.

6 - Pêche sans appât en eau privée
   A l'automne, on peut placer dans une nasse une demi-douzaine d'écrevisses femelles et des feuilles mortes leur servant de cachette et de subsistance. Le piège est à  immerger et à laisser longtemps dans un endroit profond. A la levée, si l'endroit est bien peuplé, il pourra contenir de nombreux mâles attirés par les "appelantes" que le pêcheur y avait placées.

7 - Ne pêchons pas l'écrevisse qui dort
   Nous savons - c'est une observation scientifique récente - que l'écrevisse dort par courts cycles d'environ 20 min/h (alors que la plupart des êtres vivants ont un cycle de sommeil unique par jour - ou presque - mais beaucoup plus long).
   Pour tenir compte de cette réalité, le pêcheur avisé attendra donc environ 30 minutes entre la pose et la levée : le temps nécessaire à l'écrevisse pour dormir, se réveiller et se mettre en quête de sa nourriture.

8 - La loi du plus fort
   Les grosses écrevisses dominent les petites dans la recherche des abris et dans la quête de la nourriture. Dans le monde animal, cette loi impitoyable du plus fort qui entraîne souvent des confrontations très violentes, explique pourquoi les plus belles cachettes sont toujours occupées par les plus beaux sujets et pourquoi les pièges attrapent, en règle générale, d'abord les plus gros individus d'un territoire. Lorsque la taille des prises diminue trop, le pêcheur ne doit pas insister. Il reviendra l'année suivante : le temps aura alors donné quelques centimètres de plus aux habitantes du lieu.

9 - Chasse active et affût
   Quand les écrevisses courent les fonds à la recherche active de nourriture, les pièges du pêcheur peuvent rester tendus longtemps à la même place : tôt ou tard, ils seront découverts par les chasseuses. Mais quand elles dorment ou restent à l'affût dans leurs abris, le pêcheur doit, pour les en faire sortir et les capturer, les approcher au plus près : il lui faut donc changer ses balances de place après chaque levée improductive.

10 - Les calendriers halieutiques lunaires
   La mythologie égyptienne donnait à la lune des pouvoirs divins en la personne des dieux Thot et Khonsou. Ces antiques croyances religieuses ont laissé des traces dans la pratique de la magie ou de la sorcellerie et dans l'exercice de deux très vieilles activités humaines : l'agriculture et la pêche. Les calendriers halieutiques lunaires (tout comme ceux de jardinage) en sont la preuve. Selon eux, la lune aurait une "action" positive ou négative aussi bien sur la germination et la croissance des plantes que sur la réussite des couvées, la qualité du vin, la pousse des cheveux, l'appétit des poissons (et des écrevisses évidemment), la bonne tenue du bois d'œuvre ou la prise des confitures…). Ces calendriers expriment des croyances se répétant inlassablement au fil des siècles, sans jamais rien démontrer, sans aucunes vérifications expérimentales.
   Cela dit, si certains se moquent éperdument du savoir-faire raisonné et veulent absolument pêcher les écrevisses en regardant plutôt la lune que la rivière et en utilisant de la viande pourrie arrosée de graisse de patte de hérons... libre à eux !

 

Bonne pêche !

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