C3 - Les brochets "mordent-ils à l'écrevisse" ?
 


Le brochet préfère-t-il
les écrevisses
à toute autre proie?
 

  

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Le brochet mange bien des écrevisses

De traditionnels pêcheurs de brochets au vif, las d'essuyer des bredouilles en promenant leurs non moins traditionnels goujons le long des rives ont dû, en espérant rencontrer le succès, essayer d'autres proies... C'est ainsi sans doute que, d'échec en échec et d'expérience en expérience, l'idée leur est-elle venue d'utiliser des écrevisses car en éviscérant leurs captures pour les cuisiner, il leur arrivait d'en trouver des restes dans l'estomac de leurs prises.
Puis cette tendance a été amplifiée par le commerce des articles de pêche qui proposa des leurres artificiels imitant des écrevisses et en fit la promotion.

Il est bien vrai que l'on peut capturer des brochets ou tout autre carnassier (perche, truite, silure et surtout black-bass) avec des lignes au vif "flottante" ou "au posé" armé d'une écrevisse vivante pas trop grosse mais  - dans un milieu ordinaire à la population piscicole équilibrée -
les résultats  semblent médiocres
* car si l'écrevisse est résistante, elle est aussi très peu attractive : au bout de la ligne, elle se plaque contre une herbe ou se replie sur elle-même et ne bouge plus.
* dans un milieu exceptionnel avec, par exemple, une forte population de brochets et d'écrevisses, les résultats seraient vraisemblablement tout autres.

Il est vrai aussi que, quel que soit le milieu, la pêche "à la dandine" ou "au mort manié" avec une écrevisse vivante réussit mieux : tous les témoignages vont dans ce sens.


         Le brochet

           (Esox lucius)
 

 
 Ce carnassier peut atteindre
- et même dépasser -
une longueur de 1,20 m
pour un poids de 12 à 20 kg
selon le milieu et le sexe
(les femelles, à âge égal,
sont plus grosses que les mâles).
 

Cependant, le brochet est-il si friand d'écrevisses
que certains le prétendent ?

Expériences personnelles à ce sujet

1 - En étang
Ce trimmer rustique a été conçu pour capturer le poisson qui mordra : bas de ligne en acier et gros hameçon.


Une ligne double

f : flotteur
(bouteille vide)
g : gardon
é : écrevisse
p : plombée
 

Mis en place à de nombreuses reprises, le soir, dans un endroit de l'étang décrit à la page E2 et connu pour être riche en carnassiers, relevé le lendemain, le piège – lorsqu'il a fonctionné – a toujours capturé un brochet (ou un black) ayant avalé le gardon, jamais l'écrevisse.

2 - En vivier
Un brochet (Esox lucius) de 2 kg, issu de l'étang, a été placé dans le vivier précédemment décrit et laissé seul 15 jours pour l'affamer puis, en même temps, 5 gardons (Rutilus rutilus) d'une dizaine de centimètres et 5 écrevisses américaines (Orconectes limosus) de 7 ou 8 cm à la carapace bien solide lui ont été donné en compagnie.
Dès leur installation, les gardons évoluent dans la partie supérieure du bassin. Sur le fond, les écrevisses, après avoir longuement longé les parois à la recherche d'une issue, se tapissent dans les coins, recroquevillées sur elles-mêmes. Quand au  brochet, il s'immobilise entre deux eaux.     


Répartition dans le puits
par niveau
 

 
- près de la surface : les gardons
 - au fond : les écrevisses
 - entre 2 eaux : le brochet
 

En 48 h les gardons avaient tous disparu alors que 8 jours après les 5 écrevisses étaient toujours là, immobiles mais bien vivantes.
L'expérience a été stoppée à ce stade tant la réponse recherchée était claire. Cependant elle aurait pu être poursuivie pour donner des renseignement sur le temps mis par le brochet avant de passer à l'acte avec des écrevisses et le rythme de ses attaques. Elle pourrait donc être utilement reprise.


En conclusion 


Ces expériences montrent que dans ce  petit vivier
et dans
cet étang, les brochets  ne "raffolaient" pas vraiment
des écrevisses.

S'agit-il de comportements uniquement liés
à ces sujets tous issus du même milieu ?


Qu'auraient fait d'autres brochets ?
 plus gros  ?
ou d'une autre origine ?
ou dans un autre milieu ?
ou pêché avec des écrevisses plus petites ou d'une autre espèce ?

 

Dans la pratique

En général, les pêcheurs de brochets "au vif" croient à la possibilité de capturer des brochets en les pêchant avec des écrevisses vivantes.
Mais la législation fait que, dans les eaux du domaine publique,
seule une faible minorité pratique, à la sauvette, cette méthode illégale.
De plus, la traditionnelle pêche "au vif", jugée contraignante - se procurer des vifs, les maintenir en vie,  les transporter est compliqué -  est de plus en plus remplacée par la pêche à la cuiller, au leurre souple ou au mort manié.
 


Sites Internet

Comme pour la carpe, Internet peut fournir quelques renseignements
sur cette question.

En effet,  si l'on cherche, pour la France uniquement :
-
"pêche du brochet", on trouve, le 20/1/06, environ 1000 réponses,
- "pêche du brochet au mort manié", 100
réponses,
- et "pêche du brochet à l'écrevisse",  0 réponse.

Si donc, comme pour la carpe, la pêche du brochet intéresse
beaucoup de monde,
la possibilité de le capturer avec une écrevisse vivante
n'intéresse... personne !

Pourquoi ? Parce que c'est illégal dans les eaux publiques
ou parce que personne ne pratique cette pêche?
 

L'enquête

Voilà des observations quelque peu divergentes... D'un côté : la preuve indéniable que le brochet consomme bien des écrevisses dont on retrouve des restes dans son estomac. De l'autre : pas de données vérifiées sur le succès de la pêche au brochet avec une écrevisse vivante.

C'est pourquoi la question posée par l'enquête n'est pas "les brochets mangent-ils des écrevisses ?"
mais celle-ci :

les brochets (et les autres carnassiers) "mordent-ils" à l'écrevisse ?

Le pêcheur isolé a du mal à répondre à cette question, le nombre de ses captures étant insuffisant pour dégager une vérité générale. S'il y en a une !


D'où l'intérêt de cette enquête élargie à tous les carnassiers, de la perche au silure.